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Dr Demetrios Tselengidis, Professeur à l'Université Aristote de Thessalonique: Les hétérodoxes sont-ils membres de l'Eglise?

Dr Demetrios Tselengidis, Professeur à l’Université Aristote de Thessalonique:

Les hétérodoxes sont-ils membres de l’Eglise?

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser qu’en tant que chrétiens orthodoxes, nous croyons, en accord avec le Symbole de la Foi (le Credo) de Nicée-Constantinople (381 après J.C.), „en l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique”. Selon la conscience dogmatique ininterrompue de l’Eglise orthodoxe à travers les âges, c’est-à-dire, selon sa conscience de soi, cette Eglise UNE est l’Eglise orthodoxe.
 
La confession du symbole que l’Eglise est „Une” signifie que c’est l’attribut de base de sa propre identité. En termes pratiques, cela signifie que l’Église n’est pas en mesure de se diviser -pour être partagée- parce que c’est le Corps mystique du Christ. Le Christ comme Tête du Corps de l’Eglise n’est ni en mesure d’avoir de nombreux corps, ni de posséder un corps divisé. 
Dans le Corps du Christ, la mort elle-même est vaincue. En tant que tel, celui qui est placé au sein de ce corps demeure aussi vivant en lui par le mystère divinement accompli: la garde avec amour des commandements. Il passe de la mort biologique à la vie éternelle et impérissable du Dieu triadique. Tout comme les sarments de la vigne ne sont pas capables de vivre et de porter leurs fruits s’ils sont coupés de la vigne, de même aussi le croyant, ou même des communautés entières de croyants, quelle que soit leur nombre, qui sont  coupées de l’Église, ne sont pas en mesure d’exister en Christ, ni de faire venir [à l’existence] une autre Église.
 
La foi de l’Eglise est inspirée par Dieu et non-négociable. En accord avec Sa foi claire, de nombreuses Eglises divisées ne sont pas en mesure d’exister puisque „une” et „beaucoup” ou „une” et „divisée”, est une contradiction dans les termes. „Divisée” réfute, dans la pratique, la foi en la réalité de l’Eglise, qui reposant sur Sa propre conscience orthodoxe de soi est uniquement capable d’être comprise comme „une et indivisible”. 
Quand quelqu’un parle consciemment d’une Eglise divisée, cela constitue un déni de la Foi de l’Eglise, un déni de Sa propre identité et de Sa conscience de soi. En tant que tels, les chrétiens orthodoxes n’ont pas de complexe psychologique d’auto-identité en raison de la rupture des chrétiens d’Occident à partir du Corps de l’Eglise. Certes, pourtant, les orthodoxes pleurent, prient, et sont intéressés à leur repentance et à leur retour [vers l’Eglise Orthodoxe]
 
La Foi Apostolique
 
L’incorporation et le fait de demeurer dans le Corps mystique du Christ, l’Eglise, ne sont pas inconditionnels. Cela présuppose, en tout cas, l’acceptation – avec des conditions – et la confession de la foi apostolique, tout comme elle est définie et mise en place par les décisions des Conciles œcuméniques de l’Église.
 
Ainsi, quand un croyant (quelle que soit la position institutionnelle qu’il occupe dans le corps de l’Eglise), ou un groupe de croyants (quel que soit leur nombre) violent le principe de la foi constante de l’Église, ils sont coupés de Son Corps. Ils sont défroqués, quelle que soit la classe sacerdotale qu’ils possèdent, tandis que les laïcs sont excommuniés, comme cela ressort des décisions des Conciles œcuméniques. Cela signifie qu’ils ne sont pas en mesure à l’avenir de participer et de communier aux Mystères (sacrements) de l’Église.
 
Les catholiques romains ont officiellement quitté l’Eglise au 11ème siècle. En 1014, ils ont introduit dans le Symbole de la Foi leur enseignement dogmatique erroné sur l’Esprit Saint: le Filioque bien connu. Selon cette doctrine de l’Esprit Saint comme Personne divine a sa procession à la fois du Père et du Fils. L’enseignement dogmatique des catholiques romains, cependant, renverse la foi apostolique de l’Eglise dans le Dieu triadique, puisque, selon l’évangéliste Jean l’Esprit de vérité „procède du Père” (Jean 15:26). Par ailleurs, le Troisième Concile œcuménique par son président saint Cyrille d’Alexandrie, sur le Symbole de Foi détermine que „οὐδενί ἐπιτρέπεται λέξιν ἀμεῖψαι τῶν ἐγκειμένων ἐκεῖσε ἤ μίαν γοῦν παραβῆναι συλλαβήν” („Il n’est pas permis à quiconque d’ajouter ou de soustraire, même une syllabe „de celles qui ont été énoncées dans le Symbole de la Foi). Tous les Conciles œcuméniques ultérieurs ont accepté les décisions de ce Troisième Concile œcuménique.
 
Il est donc évident, que les catholiques romains – et par extension les protestants qui ont adopté le Filioque – ont quitté de la foi apostolique de l’Eglise. C’est à cause de cela, sans mentionner toutes les innovations ultérieures dans la foi de la part de la chrétienté occidentale (comme l’infaillibilité du pape, les dogmes mariaux, la primauté du Pape, la grâce créée, etc…) que ceux-ci l’ont quittée.
 
La succession apostolique
 
Avec la foi apostolique est également inséparablement jointe la succession apostolique. La succession apostolique seule possède la véritable substance dans le corps de l’Eglise, et elle présuppose d’ailleurs la foi apostolique.
 
Quand nous parlons de la succession apostolique, nous entendons la succession ininterrompue de la direction de l’Eglise depuis les Apôtres. Cette suite a un caractère charismatique [1] et est garantie par la transmission de l’autorité spirituelle des apôtres aux évêques de l’Eglise, et à travers eux aux prêtres.
 
Le mode de transmission de l’autorité spirituelle et apostolique aux évêques se fait par la consécration (xeirotonia). Si, ensuite, un évêque a reçu sa consécration de manière canonique et ecclésiastique et  ensuite se trouve hors de l’Eglise à cause de sa croyance erronée, en substance il cesse de posséder la succession apostolique puisque cette succession n’a de sens que dans le Corps mystique du Christ, l’Église.
 
Par conséquent, si un évêque ou toute Eglise locale – peu importe le nombre de ses membres – se détache de la Foi de l’Église, ils cessent d’avoir la succession apostolique, comme elle a été exprimée infailliblement dans les Conciles œcuméniques, parce qu’ils se trouvent déjà en dehors des l’Église. Et puisque la succession apostolique est, par essence [2] brisée, il n’est pas possible de parler de la possession ou de la poursuite de cette succession pour ceux qui se sont retranchés de l’Eglise.
 
Sur la base de ce qui précède, le Pape lui-même – comme aussi l’ensemble des évêques catholiques romains – est dépourvu de la succession apostolique, puisque, étant dépourvus de la foi apostolique, ils se sont retranchés de l’Eglise. Parler de la succession apostolique en dehors de l’Église, par conséquent, est une discussion sans fondement scientifique, c’est-à-dire, une discussion qui ne repose pas sur la théologie.
 
De la prêtrise et des autres mystères
 
Le sacerdoce dans le contexte de l’Eglise est le sacerdoce du Christ, puisque le Christ accomplit les mystères de l’Eglise à travers Ses évêques et Ses prêtres.
 
La prêtrise présuppose une succession ininterrompue depuis les Apôtres. C’est-à-dire qu’elle suppose qu’existe la succession apostolique. Elle suppose principalement le Christ Dieu-Homme, comme officiant dans son Corps mystique, l’Eglise. En dernière analyse, le sacerdoce du Christ existe dans l’Eglise et est fourni par le Christ Lui-même par l’Eglise et pour l’Eglise. Un sacerdoce autonome et des mystères (sacrements) autonomes de l’Eglise ne sont pas en mesure d’exister.
 
Le sacerdoce – tout comme également d’ailleurs, tous les mystères – est une manifestation liturgique de l’Eglise (l’Eglise „est marquée par les mystères”, selon saint Nicolas Cabasilas). Cela signifie que, pour que les Mystères existent, l’Eglise doit exister d’abord. Les Mystères sont comme les branches d’un arbre; des branches vivantes qui fleurissent et portent du fruit, ne sont capables d’exister que lorsque celles-ci sont des extensions organiques de l’arbre, c’est-à-dire, quand elles sont ontologiquement connectées avec le tronc de l’arbre.
 
Il est théologiquement incompréhensible de maintenir que les catholiques romains et les protestants hétérodoxes ont même un mystère, par exemple, le baptême. La question fondamentale qui doit être posée ici est: Qui officie au mystère du Baptême? Où l’officiant trouve-t-il son sacerdoce? Qui lui a donné la prêtrise, car cela n’existe que dans l’Eglise? Et où les hétérodoxes trouvent-ils l’Eglise, puisque, à cause de leurs dogmes erronés de la foi, ils se sont détachés d’Elle?
 
Kiss of Judas - the Betrayal
 
La théorie des „deux poumons” du Christ
 
Cette théorie a ses origines dans le catholicisme romain. Selon cette théorie, le Christ a comme „poumons” le Catholicisme romain et l’Église Orthodoxe.
 
Aujourd’hui, malheureusement, cette théorie a été également adoptée plutôt passivement par de nombreux hiérarques et théologiens  orthodoxes universitaires laïcs. Et nous disons „passivement”, car cette théorie, à en juger à partir d’un point de vue orthodoxe, n’est pas seulement théologiquement malsaine, mais c’est aussi un blasphème à proprement parler.
 
L’Eglise orthodoxe se distingue ontologiquement du catholicisme romain, pour des raisons purement dogmatiques. En tant que telle, l’Eglise orthodoxe considère qu’Elle seule préserve le caractère de l’Église comme Corps théanthropique [Divino-Humain]du Christ. Le catholicisme romain s’est détaché de l’Eglise du Christ il y a mille ans.
 
En outre, puisque l’Eglise selon le Symbole de la Foi est „Une” et unie, elle est – théologiquement parlant- totalement incompréhensible à comprendre, en accord avec la théorie ci-dessus, selon laquelle l’Orthodoxie et le Catholicisme romain sont les „deux poumons” du Christ , et des membres égaux du Corps du Christ. Dans ce cas, nous sommes forcés de conclure que les autres membres du Corps du Christ soit restent toujours négligés ecclésiologiquement, ou sontecclésiologiquement constitués à partir d’autres églises – en dehors des deux-là [l’Orthodoxie et le Catholicisme romain]. Ce point de vue, toutefois, nous conduira tout droit à l’adoption de l’ecclésiologie protestante de la „théorie des branches”.
 
[Lorsque nous disons la „théorie des branches”, nous entendons la théorie des protestants sur l’identité de l’Église. L’Église, selon eux, est la communion invisible des saints. Tous les dogmes des différentes églises historico-empiriques possèdent la légitimité et l’égalité d’existence, comme branches de l’arbre unique de l’église invisible. L’église invisible est la vraie église, qui est l’église confessée dans le Symbole de la Foi. Par conséquent, aucune partie de l’église locale de quelque confession dogmatique qu’elle soit, n’incarne l’Eglise „Une, Sainte, Catholique et Apostolique”. Aucune église locale n’est en mesure d’affirmer qu’elle possède la plénitude de la vérité révélée. L’église du Christ est la somme totale de ses pièces réparties, à savoir, toutes les églises locales de toutes les confessions dogmatiques, sans tenir compte de la façon dont elles diffèrent dogmatiquement entre elles.]
Ceci est totalement inacceptable d’un point de vue orthodoxe.
 
Catholique romaine d’origine, la théorie ci-dessus concernant les „deux poumons” du Christ est un blasphème quand elle est adoptée par les chrétiens orthodoxes. Strictement parlant, c’est un blasphème parce qu’elle met dans le corps immaculé du Christ le catholicisme romain comme ses membres organiques (comme l’un de Ses „poumons”). Et cela se fait dans le même temps où le catholicisme romain, dans la réalité, souffre à la fois officiellement et ontologiquement d’être en dehors du Corps théanthropique [Divino-humain] de l’Eglise.
Version française Claude Lopez-Ginisty
d’après
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