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La Croatie de Mgr Stepinac — Cruauté du clergé catholique de Rome contre l’Église orthodoxe serbe — Ante Pavelitch et Pie XII — Conversions forcées

La Croatie de Mgr Stepinac — Cruauté du clergé catholique de Rome contre l’Église orthodoxe serbe — Ante Pavelitch et Pie XII — Conversions forcées

«Hitler est un envoyé de Dieu.» – Mgr Aloïs Stepinac

En Slovaquie, un prélat de Sa Sainteté, Mgr Tiso, fut élevé, avec la bénédiction du Saint-Père, au rang de chef d’un État fantoche, satellite du Reich. Ce prince de l’Église catholique romaine fut le premier pourvoyeur d’Auschwitz.

Cela se passait en 1941… Non seulement l’extermination des orthodoxes et des juifs fut organisée dans l’État croate comme une institution d’État, sous l’œil approbateur des nombreux membres du clergé catholique qui siégeaient au Parlement oustachi (citons parmi ceux-ci: Mgr Stepinac, Mgr Aksamovic, les rév. pères Irgolic, Lonacir, Pavunic, Mikan, Polic, Severovic, Sipic, Skrinjar et Vucetic.), mais des prêtres, du haut de la chaire, encourageaient et bénissaient les assassins, et l’on put même voir des religieux, franciscains et jésuites, se placer à leur tête et les exhorter au massacre, brandissant d’une main la croix, de l’autre le mauser ou le couteau des égorgeurs.

L’Inquisition est peu de chose, on va s’en rendre compte, auprès des horreurs qui furent commises alors par les tenants de l’Église romaine.

En 1941, la Yougoslavie fut envahie et dépecée par Hitler et Mussolini. Allemands et Italiens se partagèrent la Slovénie et la Dalmatie; le nord du pays, la Voïvodine, fut cédée à la Hongrie, le sud (Kossovo) à l’Albanie, la Macédoine à la Bulgarie. Avec la Croatie, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine et le Srem fut formé un État fasciste satellite dit État indépendant de Croatie. À sa tête fut placé Ante Pavelitch, chef des fascistes croates appelés “oustachis”. Ce nom sonne à l’oreille de la façon la plus sinistre; c’est qu’entre les deux guerres mondiales on eut trop souvent l’occasion de l’entendre, d’abord à propos de nombreux attentats perpétrés en Yougoslavie, puis en 1934 lorsque des affidés de ce groupement terroriste assassinèrent à Marseille le roi Alexandre Ier et Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères de la France.

Ce chef de bandes travaillait en effet pour le compte de l’Italie quipoursuivait sa politique traditionnelle d’expansion sur les bords de l’Adriatique, et, comme il se doit, le Vatican était également intéressé au succès de cette politique.

Déjà, quand ce pays n’était encore qu’un des éléments disparates qui composaient l’empire des Habsbourg, la dualité catholique-orthodoxe en son sein constituait un des points névralgiques de cette vieille monarchie.

Dans un excellent ouvrage très fortement documenté, M. Hervé Laurière précise cette situation: «Si les Croates sont en majorité catholiques, les Serbes appartiennent à la religion orthodoxe. Ils sont donc, au regard de Rome, des schismatiques. Il appartient ici de rappeler ce que furent pendant deux siècles, les efforts tentés par l’Autriche-Hongrie pour convertir les Serbes au croatisme par le truchement du catholicisme. L’ordre, en Autriche-Hongrie, reposait sur le cléricalisme politique et sur les survivances du régime féodal… et voici ce qu’écrivait le comte de Saint-Aulaire, ancen ambassadeur de France à Vienne: “La haine et le mépris des Serbes étaient à Vienne, dans les milieux officiels, un nouveau commandement de Dieu, le plus obéi de tous”.

«En Croatie ce furent les jésuites qui implantèrent le cléricalisme politique… Avec la mort du grand tribun croate Raditch, la Croatie perd son principal opposant au cléricalisme politique qui épousera la mission de l’Action catholique définie par Friedrich Muckermann. Ce jésuite allemand, bien connu avant l’avènement de Hitler, la fit connaître en 1928 dans un livre dont Mgr Pacelli (futur Pie XII), à cette époque nonce apostolique à Berlin, avait écrit la préface. Muckermann s’exprimait ainsi: “Le pape appelle à la nouvelle croisade d’Action catholique. Il est le guide qui porte le drapeau du Royaume du Christ… L’Action catholique signifie le rassemblement du catholicisme mondial. Elle doit vivre son temps héroïque… la nouvelle époque peut être acquise seulement au prix du sang pour le Christ”.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 61-65, 82, 85


Ce “sang pour le Christ” n’allait pas tarder à couler à flots, en effet, dans l’Europe provisoirement asservie aux hommes-liges du Saint-Siège, et en particulier dans la malheureuse Yougoslavie qui n’était pas bien en cour au Vatican, ainsi qu’en fut témoin M. François Charles-Roux: «Quand je suis arrivé à Rome, en juin 1932, les relations de la Yougoslavie avec le Saint-Siège laissaient vraiment beaucoup à désirer… Une autre fois, c’était le pape qui refusait de recevoir une délégation parlementaire yougoslave, conduite par le président de la Chambre, Koumanoudi. En revanche, étaient reçus par Pie XI des pèlerinages croates, qui arrivaient au Vatican dans un esprit de particularisme provincial très marqué… Il les appelait ses “fils de Croatie”… Je tins au Vatican le langage suivant: “Tout le monde, au dehors, est persuadé que vous êtes en froid avec la Yougoslavie, parce que les Italiens sont mal avec elle; prouvez que vous êtes indépendants de l’Italie en vous rapprochant de la Yougoslavie.» – Francois Charles-Roux

Il y avait bien eu, en 1987, un projet de concordat, mais qui n’avait pu aboutir, en définitive. C’est après cet échec que Pie XI, au cours du consistoire du 16 décembre 1937, prononça ces paroles lourdes de sens, publiées le lendemain par son organe officiel l’ Osservatore Romano: «Un jour viendra – poursuivit Sa Sainteté, et elle n’aurait pas voulu dire, mais cela est bien sûr – un jour viendra où ils seront nombreux ceux qui déploreront de ne pas avoir accepté largement, généreusement, un si grand bien que le vicaire de Jésus-Christ offrait à leur pays… » – Osservatore Romano, 17 décembre 1937

La menace était transparente autant que prophétique. Moins de quatre ans plus tard ce malheureux pays allait apprendre dans le sang, la terreur et les larmes, ce qu’il en coûte d’oser résister à la volonté de celui qui se dit le vicaire du Christ.

«Le 18 mai 1941, à la tête d’une délégation croate (précisons que Salis-Sewis, vicaire général de Mgr Stepinac, faisait partie de cette délégation) Ante Pavelitch allait à Rome présenter à l’empereur et roi d’Italie Victor-Emmanuel III, une pétition dans laquelle il offrait la couronne de Zvonimir à un prince de la Maison de Savoie… Le duc de Spolète reçut le nom de Tomislav II…

«Le même jour, le pape Pie XII accordait une audience privée à Pavelitch et à sa suite… Du Vatican, Pavelitch n’eut que deux pas à faire, dans la soirée, pour gagner le Palais de Venise où l’attendait Mussolini. Là, les deux complices apposèrent leur signature sur un traité de délimitation de l’Italie et de la Croatie, aux termes duquel l’Italie se voyait attribuer la côte croate, la Dalmatie du Nord, et toutes les grandes îles de la mer Adriatique, ainsi que le port de Kotor (Cattaro).

«Incorporé ainsi à l’Axe, Pavelitch n’avait plus qu’à déclarer la guerre aux États-Unis quand ils se rangèrent aux côtés des Alliés en décembre 1941…

«Parlant des Serbes devant l’armée oustachie, à Zagreb, Pavelitch avait osé affirmer que ce “n’est pas un bon oustachi, celui qui ne peut arracher au couteau un enfant des entrailles de sa mère”.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 40 s.

Tel était l’homme – si l’on peut lui donner ce nom – à qui Pie XII venait d’accorder la faveur d’une audience privée. Ainsi le Saint-Père ne craignait pas de serrer la main à un assassin avéré, condamné à mort par contumace pour le meurtre du roi Alexandre Ier et de Louis Barthou, à un chef de bandes chargé des plus horribles crimes. En effet, le 18 mai 1941, quand Pie XII recevait avec honneur Ante Pavelitch et sa séquelle de tueurs, le massacre des orthodoxes battait déjà son plein en Croatie, concurremment avec les conversions forcées au catholicisme. À preuve, ce qui suit…

«Le 28 avril 1941, en pleine nuit, quelques centaines d’oustachis encerclent les villages serbes de Gudovac, Tuke, Brezovac, Klokocevac et Bolac, dans le district de Bjelovar. Ils arrêtent 250 paysans, parmi lesquels on cite le pope Bozin et l’instituteur Stevan Ivankovitch. Les femmes sanglotaient, car elles avaient compris pourquoi on ordonnait aux villageois de prendre des pelles et des pioches. Leur colonne, encadrée d’oustachis, sortit lentement du village et s’arrêta devant un champ.

– Creusez votre tombe!

«L’impuissance, la résignation de ces malheureux étaient telles qu’ils obéirent. On leur lia les mains dans le dos avec du fil de fer, avant de les précipiter et de les enterrer vivants dans le fossé profond qu’ils avaient dû ouvrir eux-mêmes… La même nuit, près de Vukovar, sur les bords du Danube, d’autres oustachis égorgèrent encore 180 Serbes et jetèrent leurs cadavres dans le fleuve…

«Nous voici maintenant dans la ville de Dvor n/ Uni. Les oustachis y ont pour commandant le prêtre catholique Ante Djuritch, desservant de la commune de Divusa. Dès le premier jour, cet ecclésiastique se charge de l’administration du district, fait prêter serment aux fonctionnaires, recrute les bandes de tortionnaires et leur donne ses instructions en vue de la conversion forcée des Serbes orthodoxes au catholicisme et de la suppression de ceux qui s’y refuseraient…

«Dans la ville d’Otocac, l’officier oustachi Ivan Sajfer, arrêta le pope, qui était député serbe, Branko Dobrosavljevitch, en compagnie de son fils et de 31 autres Serbes. Pour demeurer fidèles à une technique déjà éprouvée, le criminel fit creuser leur tombe à ses victimes, leur lia les mains dans le dos et les fit exécuter à la hache. Le pope et son fils furent suppliciés les derniers, avec cet atroce raffinement que l’enfant fut coupé en morceaux devant son père qu’on obligeait à réciter les prières des agonisants. Et à peine l’enfant eut-il rendu le dernier soupir, que les brutes se jetèrent sur le père, lui arrachèrent les cheveux, la barbe et la peau, lui crevèrent les yeux pour ne l’achever qu’après l’avoir torturé longuement.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 50-53

Religieux ou laïcs, les apologistes de Pie XII peuvent bien ergoter à loisir: les faits sont là, les dates parlent. On vient de voir, par cet échantillon, comment se comportaient les oustachis “convertisseurs” trois semaines avant que leur état-major fût reçu en grande pompe au Vatican. Ajoutons que le “Décret sur la conversion d’une religion à l’autre” fut publié par le gouvernement oustachi le 3 mai, quinze jours avant la visite d’Ante Pavelitch au Saint-Père.

Ces faits étaient parfaitement connus à Rome: «À cette époque, certaines revues catholiques romaines n’avaient pas hésité à l’encourager (Ante Pavelitch) et à défendre ses crimes et ses massacres d’hommes, de femmes et d’enfants innocents… Dès les premiers jours, les oustachis ont tué cinq évêques et environ cent prêtres orthodoxes… Tous les biens de l’Église orthodoxe serbe furent confisqués. Le palais patriarcal fut réquisitionné et mis à la disposition de l’Église catholique romaine.» – L’Ordre de Paris, 8 février 1947

Sous le signe de la croix

«Il ne fut jamais douteux que l’Église catholique en Croatie exerçait sa toute puissante influence sur le peuple dans le sens d’une autonomie croate… Déjà l’affirmation du credo catholique équivalait à une propagande nationale croate… l’Allemagne avait les mains liées dans toute l’affaire yougoslave. Car la Yougoslavie appartenait à la sphère d’intérêts italienne… le Duce ne cachait pas qu’il n’attendait que le moment propice pour mettre la Yougoslavie tout à fait sous sa coupe… Ciano (gendre de Mussolini) promit à Pavelitch que lui et son Oustacha auraient le pouvoir total dans un État croate indépendant… La politique militaire de la Croatie s’orienterait exclusivement vers l’Italie; la Croatie s’unirait étroitement à sa voisine par un lien dynastique (un prince italien serait porté sur le trône croate)…

«Proclamation de l’indépendance de l’État croate le 10 avril 1941… Au bout de peu de temps, le pays ne fut plus, grâce aux oustachis, qu’un sanglant chaos… La haine mortelle des nouveaux maîtres se dirigea contre les juifs et contre les Serbes qui furent mis, pour ainsi dire, officiellement hors la loi. Le plus violent mangeur de juifs fut le secrétaire d’État Eugen Kvaternik-Dido… » – Le Front secret par Walter Hagen, éd. Les Îles d’Or, Paris, 1950 p. 168-176

«Lors de sa première conférence de presse, Mile Budak, ministre de l’Éducation nationale, interviewé par un journaliste au sujet des mesures éventuelles que le gouvernement oustachi se proposait de prendre contre les minorités serbes, déclara à une question qui lui était posée: “Pour eux nous avons trois millions de cartouches”. Le même Budak ajouta dans un banquet en la ville de Gospic: “Nous tuerons une partie des Serbes, nous en déporterons une autre, et la troisième sera forcée d’embrasser la religion catholique romaine… Le Dr Mirko Puk, ministre de la Justice, dans une réunion politique, en la ville de Krizevei, s’écriait, le 5 juillet 1941: “Nous ne pouvons pas permettre aux Serbes de vivre en Croatie. Il y a Dieu et un peuple, et c’est le peuple croate”.» – L’Ordre de Paris, 8 février 1947

«Dès les premiers jours de mai 1941, le commandant de Banja Luka, un certain Viktor Gutitch, entreprit un voyage à travers toute la Bosnie occidentale. Arrivé dans la ville de Sanski-Most, il s’empressa de faire connaître son programme: “Les grandes routes, déclara-t-il, auront le désir de voir passer des Serbes, mais il n’y aura plus de Serbes. J’ai donné, en effet, des ordres sévères pour leur extermination complète. Je vous autorise à les exterminer partout où vous les rencontrerez et la bénédiction vous sera accordée pour cette action… C’est ainsi que je veux servir la volonté de Dieu et celle de notre peuple croate”.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 48

«Dès l’été 1941, ces atrocités prirent une ampleur inouïe. Des villages entiers, comme par exemple Voynitch, voire des contrées entières, furent systématiquement exterminés… Comme la vieille tradition voulait que la Croatie et la foi catholique d’une part, la Serbie et la confession orthodoxe d’autre part, fussent synonymes, on commença à obliger les orthodoxes à entrer dans l’Église catholique. Ces conversions obligatoires constituaient justement l’achèvement même de la “croatisation”.» – Le Front secret par Walter Hagen, éd. Les Îles d’Or, Paris, 1950 p. 198-199

Voici encore quelques témoignages troublants…

«Une véritable guerre de religion devint le prétexte de massacres, d’un génocide dont on ne trouve aucun exemple dans l’Histoire. Abjurer au profit du catholicisme croate, renier la terre et les croyances de ses ancêtres, se convertir par force ou mourir – et trop souvent être supplicié après être devenu un renégat – tel fut le lot de plusieurs centaines de milliers d’habitants serbes de la Croatie, entre 1941 et 1945.

«En juin 1941, plus de cent mille hommes, femmes et enfants serbes furent tués en quelques jours, torturés et massacrés dans leurs maisons, sur les routes, dans les champs, les prisons, les écoles et même au sein de leurs églises orthodoxes…

«Voici deux témoignages sur ces atrocités. Le premier est la confession d’un de leurs auteurs, l’oustachi Hilmia Berberovitch… Il donna à la police de Belgrade la description suivante du massacre auquel il participa dans l’église orthodoxe serbe de Glina: “Dans la ville de Glina, nous avons arrêté et mis en prison de nombreux Serbes. Par petits groupes, nous les avons transférés de la prison dans l’église. Notre chef nous munit de haches et de couteaux et ensuite on commença le travail. Quelques-uns furent tués d’un coup au cœur. D’autres furent égorgés et d’autres encore coupés en morceaux à coups de hache. Non seulement l’église fut transformée en boucherie, mais c’était un enfer de cris et de gémissements… ”

«Et voici le deuxième témoignage. C’était celui d’un survivant Jednak Ljuban. Il nous a fait le récit des heures mortelles qu’il a vécues dans la tragique église de Glina: “Les oustachis ont rassemblé quelques centaines de paysans de mon village et de ses environs et nous ont transportés à Topusko. Les oustachis nous expliquèrent que notre présence dans l’Église avait pour but de nous faire assister à un “Te Deum” chanté pour la longévité du Poglavnik et celle de “l’État indépendant de Croatie”… Mais à l’intérieur de l’église, tout semblait être préparé pour la messe. Nous entendîmes un camion s’arrêter devant l’Église et un groupe nombreux d’oustachis ne tarda pas à entrer, armés de haches et de couteaux. Derrière eux, ils fermèrent la porte. Un oustachi prit alors la parole pour demander aux Serbes s’ils possédaient sur eux leur certificat de conversion à la religion catholique. Les deux seuls qui purent l’exhiber furent immédiatement relâchés… Les oustachis commencèrent à massacrer notre groupe dans l’église. Les cris de douleurs et les sanglots d’effroi retentissaient de toutes parts. Je perdis conscience… et puis il me sembla soudain que le silence régnait dans l’église et je sentais clignoter la lumière des cierges qui brillaient encore sur l’autel de l’église profanée… ”

«À Kladusa, ils emmenèrent des familles serbes tout entières dans les boucheries. Là, ils les abattirent comme du bétail et, avant même qu’ils eussent expiré, ils pendirent aux crochets à viande tout d’abord les petits enfants. Les femmes vinrent ensuite et les hommes furent accrochés les derniers… dans les villages entre Vlasenika et Kladanj, nous découvrîmes des bébés empalés sur des lattes pointues d’un enclos, leurs petits membres tordus de douleur, tout comme des pattes d’insectes piqués sur les épingles. Les rites les plus féroces des tribus cannibales n’ont jamais connu rien de semblable… » – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris p. 54-58, 61

Révélations chocs d’un procès

Ante Pavelitch était trop grand seigneur pour s’asseoir au banc des criminels de guerre. Ainsi que bien d’autres de ses pareils, il sut s’enfuir à temps, et ce bon catholique n’eut pas de peine à se faire ouvrir quelque asile sacré. Mais ses comparses n’eurent pas tous la même chance.

«Ces jours derniers a eu lieu à Banja-Luka, capitale de la Bosnie occidentale, le procès d’un de ses principaux collaborateurs, le Dr Victor Gutic, gouverneur de cette province. Ainsi que ses comparses, le Dr Gutic avait à répondre devant le tribunal de ses crimes accablants. Un de ses collaborateurs était le Dr Félix Nedjelska, avocat, et l’autre, le Dr Nicolas Bilogrivic, prêtre catholique de Banja-Luka. Ils aidèrent Gutic à exterminer la population orthodoxe serbe, à supprimer les églises orthodoxes et à piller les biens du peuple et des églises.

«La tuerie en masse, nommée par le peuple le “massacre du jour de Saint-Élie”, demeurera un des plus grands crimes connus dans l’histoire de l’humanité. Ce jour de fête orthodoxe, les hordes oustachies supprimèrent des centaines de milliers d’hommes, femmes et enfants de nationalité serbe. Le sang coulait à profusion. Les prairies, les forêts, les prés, les ruisseaux, les écoles et les églises étaient encombrés de cadavres mutilés et lacérés. Gutic, Bilogrivic et un autre prêtre, Miroslav Filipovic, dirigèrent, le 7 février 1942, des massacres horribles dans plusieurs villages serbes des environs de Banja-Luka.

«Après le massacre du village de Drakulic, raconte le dr Gutic, je me trouvais à Banja-Luka. Le lendemain le vicaire Miroslav Filipovic est venu chez moi et m’a demandé de l’eau-de-vie. Tout en buvant, il me dit: “Hier à Drakulici, nous avons supprimé tous les vivants, environ 1300 hommes, femmes et enfants. Puis il m’a consulté sur ce qu’il devrait faire si on lui reprochait à Zagreb d’avoir pris part à ce massacre”.

«Cependant le vicaire Filipovic n’avait rien à craindre. Personne de Zagreb ne lui fit le moindre reproche pour ce crime, pas plus que pour ceux qu’il commit ultérieurement.

Conversions forcées des Serbes orthodoxes au catholicisme

«Gutic et Bilogrivic forçaient la population orthodoxe à se convertir au catholicisme. Apeurés par l’effusion de sang, les Serbes croyaient que la conversion au catholicisme les sauverait des persécutions et des souffrances, et cédant à cette pression, ils embrassaient le catholicisme. Bilogrivic, qui les accueillait, bien que connaissant les motifs de leur conversion, obligeait les convertis à apprendre jusque dans les moindres détails les enseignements et les prières de leur nouvelle religion. Le rôle d’une partie du clergé catholique dans l’État oustachi fut odieux. Certains prêtres ne se souciaient que d’avoir le plus grand nombre possible de fidèles, pensant ainsi affaiblir l’orthodoxie serbe et anéantir ses institutions confessionnelles.

«Le troisième accusé, Nedjelski, fut en outre l’organisateur des “Croisés”, organisation de jeunesse rattachée aux oustachis. En tant que membre de cette organisation, le Dr Nedjelski, fervent admirateur de Hitler, se rendit en Allemagne pour apprendre “à la source” les méthodes d’éducation de la jeunesse, en vue de perfectionner l’organisation de cette horrible jardin des supplices qu’on appelait l’État croate indépendant.

«Un témoin Tomo Brkic, un Croate, fait la description devant la cour du massacre des Serbes: “En 1941, à Kljuc, de nombreux Serbes furent massacrés par des oustachis. Dans certains villages, des familles serbes furent enfermées dans leurs maisons, auxquelles les oustachis mirent ensuite le feu. Je me rappelle qu’une fois des hommes, des femmes et des enfants étaient venus à Kljuc pour se convertir “afin de conserver la vie, mon frère” – disaient-ils”.

«Nicola Dragovic du village de Hatic, réussit à se sauver grâce aux cadavres qui le recouvraient: “Avec mon cousin et un grand nombre de notre village, les oustachis nous attachèrent deux par deux, dos à dos et se mirent à tirer sur nous. Les uns furent tués sur-le-champ, d’autres vivaient encore. Je n’étais que blessé, et je ne tardais pas à être enseveli sous les cadavres qui tombaient sur moi. Cinq cents hommes trouvèrent la mort là. Je fus sauvé par des morts. À la tombée de la nuit, je réussis à me sauver jusqu’à la forêt voisine”.

«Pero Dodig, Serbe, de Sanski-Most, affirme que les oustachis ont supprimé à Sanski-Most 7000 hommes en quelques jours. Une veuve, Ivanic, mère de sept garçons, les vit tuer tous le même jour, le jour de Saint-Élie.

«Le prêtre musulman de Prijedor, Dervich Bibic, a fait sa déposition en disant: “Un jour, en 1941, Gutic était venu à Prijedor. Dès qu’il fut sorti de sa voiture il dit que l’accueil qui lui était fait ne lui plaisait pas, car il ne voyait nul Serbe pendu. Au cours de la réunion, il déclara: “On doit faire disparaître les Serbes, les uns par chemin de fer, les autres par rivière – mais sans bateau – et joncher des cadavres de ceux qui resteront ces champs qui, conformément aux promesses de nos grands alliés, Mussolini et Hitler, seront attribués à jamais à la Croatie”.

«Cette visite de Gutic et son discours furent suivis effectivement d’un effroyable massacre de Serbes à Prijedor et dans les alentours. Les horreurs qui s’y déroulèrent sont relatées par Hasan Palik, musulman, cocher de profession: “Au mois d’août 1941, j’ai reçu l’ordre d’évacuer de la ville les cadavres des Serbes assassinés et de les enterrer. Pendant deux jours, je les ai transportés et enterrés. Parmi eux, il y avait de vieilles femmes, des vieillards et de tout petits bébés. Les cadavres gisaient dans tous les quartiers de la ville, dans les cours, au seuil des maisons. Ils étaient souvent tout à fait nus. Il arrivait parfois que dans la masse de ces martyrs jetés dans la fosse commune, certains n’étaient pas encore morts, qui revenaient à eux, et, profitant de la nuit, s’échappaient de la fosse sanglante”.

Le camp de Jasenovac

«Dans le camp de Jasenovac, cet enfer terrestre, plus de 200.000 personnes, hommes, femmes et enfants, ont trouvé la mort. C’était le camp le plus sinistre. Dusan Malinovic, Serbe, rescapé de ce camp, en rapporte l’horreur: “Le frère Filipovic, chef du camp, organisateur d’effroyables massacres dans plusieurs villages des environs de Banja-Luka, se rendait journellement dans les geôles, où il égorgeait les femmes et les enfants. Avec ses aides, il abattait aussi ses victimes à coups de hache. Les malheureux mourraient dans les plus horribles souffrances”.

Des ruisseaux et des rivières rouges de sang humain

«Au cours d’orgies nocturnes, entouré de ses partisans, Gutic participa à l’assassinat de l’évêque serbe Platon, de Banja-Luka, de plusieurs députés et de nombreux habitants de cette ville, qui furent torturés avec une monstrueuse bestialité, puis jetés dans une rivière. Par ses ordres et ses incitations au meurtre, Gutic fit se répandre le jeu sanglant. Au temps de la Rome païenne, le christianisme était un crime, et tous les coupables de ce crime étaient livrés aux bêtes féroces. Dans l’État croate d’Ante Pavelitch, il y avait le “crime d’orthodoxie serbe”, et tous ceux qui étaient serbes furent destinés au bûcher ou à la tuerie. C’est ainsi que Pavelitch entendait résoudre les problèmes raciaux et religieux, et préparer l’annexion des pays serbes à la Croatie.

«Les ruisseaux et les rivières étaient rouges de sang humain et charriaient les cadavres des gens assassinés qui, les bras liés, mutilés, souvent portant des étiquettes avec des inscriptions grossières, flottaient au fil de l’eau sans avoir même la paix de la mort. Des centaines de prêtres orthodoxes ont connu la mort des martyrs des premiers âges chrétiens, sur les ruines de leurs temples profanés. Cinq évêques serbes sont morts martyrisés.

«Aucun vocabulaire ne parviendrait à décrire les souffrances que le peuple serbe eut à supporter dans l’État des oustachis. Aucun être d’esprit sain ne pourrait imaginer tous les crimes dont se sont rendus coupables Ante Pavelitch, Andrija Artukovic, le Dr Saric, Gutic, Eugen Kvaternik-Dido, Kulenovic et tant d’autres.

“Au moment décisif de la lutte pour la liberté du peuple yougoslave, ces traîtres oustachis se sont mis au service de l’ennemi.” – L’Ordre de Paris, 1er avril 1947

L’égorgement en série à Jasenovac

«Une des spécialités du camp était l’égorgement en série. On la pratiquait au moyen d’un couteau spécial, de la marque “Graviso”. Imaginez une sorte de dague recourbée à son extrémité et fixée sur un “poignet-de-force” que le bourreau se laçait sur l’avant-bas. Armé de cet instrument terrible, l’égorgeur se faisait présenter par un aide la tête renversée de sa victime, et le cou bien tendu était tranché comme au rasoir. De temps en temps, les dirigeants du camps organisaient des “concours du meilleur égorgeur… ” Mais qui n’était pas égorgé, avait des chances de se voir brûler vif dans les fours de la briqueterie, sur l’emplacement de laquelle le camp de Jasenovac avait été édifié… Les fours pouvaient contenir de 450 à 600 personnes. Pendant les premiers mois de 1942, les enfants – presque tous étaient des juifs – y furent brûlés en masse… ”» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 140-141


Les fils du doux saint François d’Assise

«Ante Klaritch, frère franciscain de Tramosnica, écrit M. Hervé Laurière, prononça ces paroles incroyables, au cours d’un sermon, en juillet 1941: “Vous êtes de vieilles femmes et vous devriez vous mettre en jupons, parce que vous n’avez pas encore tué un seul Serbe! Si vous n’avez pas tous des armes, servez-vous de haches, de faucilles, et n’importe où vous rencontrerez un Serbe, coupez-lui la gorge.”

«Quant au frère Augustino Cievola, du monastère de Saint-François à Split, “à la grande stupéfaction de ses concitoyens, il se promenait dans les rues avec un revolver sur sa bure, invitant le peuple à se livrer au massacre des orthodoxes… ”

«Bientôt nommé préfet oustachi de la Bosnie-Herzégovine, l’abbé Bozidar Bralo ne circulait en voiture qu’une mitraillette entre les mains. “Mort aux Serbes!”, tels étaient les conseils qu’il distribuait dans les villages. On l’accuse d’avoir participé, en personne, au massacre de cent quatre-vingt Serbes à Alipasin-Most et d’avoir exécuté, en soutane, avec d’autres oustachis, une “danse macabre” autour des corps de ses victimes. Ce Bozidar Bralo, était l’un des protecteurs de la fameuse division volante “Crna Legija” (“La Légion noire”) dont les crimes, en Bosnie-Herzégovine, furent innombrables… 7000 personnes furent exterminées, en trois jours, dans l’arrondissement de Sanski-Most…

«Une des célébrités du monde catholique oustachi fut Dragutin Kamber, curé de Doboj, en Bosnie centrale. Ses titres autant que son attachement au régime, lui valurent, dès les premiers jours, d’être nommé préfet du district de Doboj. On lui doit l’arrestation, la déportation ou l’exécution de prêtres orthodoxes et de Serbes en général, ainsi que la fermeture de l’église Saints Pierre et Paul… Auteur de nombreux articles dans la presse oustachie et religieuse, il ne cessa pas d’y défendre le régime qu’il chérissait et l’ordre nouveau de Hitler en Europe… Lorsque commença la résistance au régime de terreur qu’il représentait dans sa région, il s’enfuit à Sarajevo et y occupa un poste très important au Quartier Général oustachi et fut nommé chef de la propagande avec le grade de colonel… » – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 120

Le frère franciscain Miroslav Filipovic, bourreau à Jasenovac

«Qui veut la fin veut les moyens… Certains bourreaux firent maintes fois preuve d’un sadisme et d’une cruauté atteignant, sinon dépassant tout ce qui déshonora le genre humain dans les camps nazis d’extermination… leurs chefs s’étant vu enseigner la technique de l’assassinat dans les écoles spéciales de Pavelitch… Que dire aussi de ces prêtres catholiques, invraisemblablement dévoués – je ne vois pas d’autre mot pour qualifier leur cas, qu’il relève de la morbidité ou du fanatisme… Mgr Dionis Juricev, le confesseur personnel du monstre ante Pavelitch, osa déclarer, dans la localité de Starza, que tous les Serbes, qui refusaient de se convertir au catholicisme devaient être mis à mort… » – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 113

L’Église romaine a fort bien toléré tous ces crimes, et elle a conservé précieusement dans son giron prêtres et moines assassins. Elle n’a jamais désavoué – loin de là! – Mgr Stepinac, leur chef responsable.

Vingt kilos d’yeux humains

«C’est à cette époque que des soldats italiens purent photographier à Dubrovnik un oustachi qui portait fièrement au cou deux guirlandes et un collier faits de langues et d’eux humains.

«De son côté, l’écrivain transalpin, Curzio Malaparte, a rapporté dans son livre Kaput, la visite qu’il fit, en sa qualité de correspondant de guerre du Corriere della Sera au Poglavnik Ante Pavelitch. Un intime du comte Ciano l’accompagnait, Casertano, ministre plénipotentiaire d’Italie à Zagreb.

«Le peuple croate, dit Pavelitch à Malaparte, veut être gouverné avec bonté. Tandis qu’il parlait, poursuit Malaparte, j’observai un panier d’osier, posé sur le bureau, à la droite du Poglavnik. Le couvercle était soulevé, on voyait que le panier était plein de fruits de mer. Ante Pavelitch souleva le couvercle du panier, et me montrant les fruits de mer, cette masse d’huîtres gluante et gélatineuse, il me dit, avec un sourire, son bon sourire las: “C’est un cadeau de mes fidèles oustachis: ce sont vingt kilos d’yeux humains.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 136-137

Pour qui douterait de la chose, rappelons ce qu’écrivait en 1943 le journaliste britannique J.A. Voigt: “La politique croate consistait en massacre, déportation ou conversion. Le nombre de ceux qui ont été massacrés s’élève à des centaines de milliers. Les massacres ont été accompagnés par les tortures les plus bestiales. Les oustachis crevaient les yeux de leurs victimes et les portaient en guirlandes ou dans des sacs, pour les envoyer en souvenir.» – Nineteenth Century and After, août 1943

Les évêques orthodoxes martyrisés

«J’ai honte de rappeler, écrit Hervé Laurière, les tortures auxquelles les oustachis soumirent deux évêques orthodoxes: celui de Zagreb, Mgr Dositej, qu’ils battirent et torturèrent jusqu’à ce qu’il devint fou, et ce vénérable octogénaire qu’était l’évêque de Sarajevo, Mgr Petar Zimonitch, égorgé comme un porc…

«Qui pourrait ne pas trouver hideuse dans une telle conjecture, la figure de Mgr Saritch, l’archevêque catholique de Sarajevo? Au moment où périssait ignominieusement son frère en Jésus-Christ et son concitoyen, l’évêque Zimonitch, ce haut dignitaire ecclésiastique, qui était membre de l’organisation oustachie depuis 1934, avait l’impudeur d’écrire ces phrases impies dans sa revue Katolicki Tjednik, l’hebdomadaire catholique, pour exalter “l’emploi des méthodes révolutionnaires au service de la vérité, de la justice et de l’honneur”, et déclarer encore qu’il est “sot et indigne des disciples du Christ de penser que la lutte contre le mal (sic) pourrait être conduite d’une manière noble et avec des gants… ”

«Ce prélat catholique consacrait une “Ode au Poglavnik Pavelitch”:

“Docteur Ante Pavelitch, nom chéri,

La Croatie possède en lui le bonheur du ciel.

Que le Seigneur du ciel t’accompagne toujours,

Ô toi, notre guide adoré!

– Le Peuple croate du 25 décembre 1941 / Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 87-90

Mgr Platon, évêque orthodoxe, ferré comme un cheval

«Le supplice que l’on fait subir à Mgr Platon, évêque orthodoxe âgé de 81 ans, est sans précédent dans l’histoire de la barbarie, puisque ses tortionnaires lui ferrent les pieds comme à un cheval et le font ainsi marcher jusqu’à quelques kilomètres de la ville, malgré ses atroces souffrances. Et lorsque ses pieds ferrés ne peuvent plus le supporter et qu’il tombe on lui arrache la barbe (ainsi qu’à tous les autres prêtres orthodoxes) et, sur la poitrine nue du martyr, les oustachis allument un feu de charbon de bois. Après quoi il ne reste plus qu’à achever les agonisants à coups de hachette et à les jeter dans la rivière Vrbanja… » – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 93

Au sortir de ce véritable musée des horreurs que constitue la “régénération” de la Croatie par les bourreaux de l’Oustacha, voici maintenant, retracé par une personnalité yougoslave en exil, le tableau des services que Mgr Stepinac ne cessa de rendre à ces zélateurs de la “vraie foi”, tout au long de leur apostolat.

Mgr Aloïs Stepinac et les oustachis

«… Le 10 avril 1941, jour où l’État oustachi croate est créé, Mgr Stepinac rend visite au général Kvaternik et le félicite de l’événement, œuvre de Hitler et de Mussolini. Le 18 avril, jour où le gouvernement Pavelitch est formé, Mgr Stepinac fait une visite à Pavelitch, auquel il souhaite la bienvenue et présente les félicitations de l’Église… Dix jours plus tard, Mgr Stepinac lance une lettre pastorale par laquelle il invite le clergé de son diocèse à faire chanter dans toutes les églises un “Te Deum” en l’honneur de la Croatie oustachie; et il ajoute: “Connaissant les hommes qui aujourd’hui tiennent en main les destinées du peuple croate, nous sommes profondément convaincus que notre effort sera aidé et bien compris.” – Le Journal Catholique, n° 17-1941

«Mgr Stepinac devient membre du Parlement oustachi; il porte des décorations oustachies; il assiste à toutes les grandes manifestations officielles oustachies au cours desquelles il prononce même des discours; il pose aux côtés de l’épiscopat croate qu’il conduit chez Pavelitch le 28 juin suivant: rencontre qui scellera la collaboration intime du pouvoir spirituel croate avec Pavelitch…

«Faut-il donc s’étonner que l’État satellite croate ait eu de la déférence pour Mgr Stepinac? Que la presse oustachie ait clamé les louanges de Mgr Stepinac? Il est, hélas! trop évident que sans l’appui de Mgr Stepinac sur le plan religieux et politique, Ante Pavelitch n’eût jamais obtenu à un tel degré la collaboration des catholiques en Croatie. Ante Pavelitch avait toutes les raisons de rendre grâce à Dieu de l’attitude de Mgr Stepinac, et non de s’en plaindre!

«Lorsque l’État oustachi croate sentit sa fin venir, Pavelitch songea très sérieusement à passer le pouvoir à Mgr Stepinac qui en fut informé, mais l’avance des partisans vers Zagreb fit enterrer ce projet. Cependant, Mgr Stepinac ne manqua pas de donner asile dans son archevêché à des terroristes et meurtriers politiques recherchés par la police. C’est avec son consentement que là furent cachées les archives du gouvernement oustachi. Après la guerre, une partie de l’or volé aux victimes des oustachis fut retrouvée dans les caveaux des églises et jusque sous l’autel d’un monastère…

«Il est vrai qu’à la fin de 1943, quand tout le monde vit que les nazis et les fascistes étaient perdants, Mgr Stepinac voulut par certains gestes ménager l’avenir, déjà bien compromis pourtant, puisqu’au tableau de chasse des oustachis s’inscrivaient les noms de quelque six cent mille martyrs, serbes orthodoxes et juifs qui avaient été massacrés! Sans parler des deux cent quarante mille orthodoxes convertis de force au catholicisme… Nul prélat ne servit davantage la propagande anti-alliée que Mgr Stepinac. Qu’on veuille s’en souvenir: la B.B.C. de Londres a maintes fois sommé Mgr Stepinac de “démentir” ses discours: Mgr Stepinac a préféré se taire.

«Afin d’étayer par des documents ce trop bref exposé, voici deux témoignages sur les faits et gestes de Mgr Stepinac durant cette période ténébreuse du conflit mondial. Ils émanent l’un et l’autre de personnalités catholiques croates; la première était dans le pays pendant la guerre et la deuxième était en exil à Londres. C’est M. Prvislav Grisogono, ancien ministre, qui le 20 janvier 1942, écrivait à Mgr Stepinac: “L’attitude inhumaine et antichrétienne d’un trop grand nombre de prêtres catholiques croates n’a pas consterné seulement une partie de leurs confrères, la majorité des intellectuels croates, dont je suis, a été douloureusement éprouvée. J’ai été aussi vivement frappé par l’absence de toute manifestation publique de sympathie chrétienne et humaine, de la part de la hiérarchie catholique, en faveur des victimes d’un régime de massacre et d’illégalité indescriptibles contre les compatriotes serbes de religion orthodoxe. C’est encore avec douleur que je me suis demandé comment et pourquoi les milieux catholiques croates autorisés n’ont pas cru devoir désavouer publiquement, au nom de l’Église catholique, les conversions forcées des orthodoxes et la confiscation de leurs biens.”

«De son côté, M. Veceslav Vilder, membre du gouvernement yougoslave en exil à Londres, condamnait en ces termes sur les ondes de la B.B.C., le 16 février 1942, l’attitude de Mgr Stepinac: “Et maintenant, autour de Stepinac les pires atrocités se commettent. Le sang fraternel coule en ruisseaux, creusant un fossé plus profond encore. Les orthodoxes sont convertis par force au catholicisme, et nous n’entendons pas la voix de l’archevêque prêchant la révolte. Mais nous lisons qu’il participe à des parades fascistes et nazies.”

«Nous pourrions encore produire de nombreux documents, car ils abondent… et c’est ainsi que Mgr Stepinac a couvert de son autorité sacerdotale, de son silence, toute une série d’actions odieusement totalitaires et d’une servilité absolue envers le pouvoir temporel, actions dont le souvenir s’est inscrit en traits de sang dans l’histoire de la Yougoslavie.» – Lettre adressée au journal Le Monde par M. Stevan Trivunac, rédacteur en chef du journal Radikal, organe du parti radical yougoslave en exil, 27 mai 1953

Mgr Stepinac: criminel de guerre

«Le procès de Mgr Stepinac s’ouvrit en septembre à Zagreb. L’archevêque s’attendait à ce procès… Dans une lettre pastorale de juillet 1946, Mgr Stepinac déclara: “… Peu m’importe que je me trouve un jour sur la liste des criminels de guerre… ”

«Le procès s’est déroulé au lycée de Zagreb. L’accusé, Mgr Stepinac, refusa de répondre… Le 11 octobre, la cour le reconnaît coupable d’avoir incité le clergé catholique à collaborer avec le régime fantoche oustachi, d’avoir écrit de nombreux articles “d’orientation fasciste”, en tant que président de la conférence des évêques et président de la presse catholique, d’avoir incité le peuple croate à collaborer avec les oustachis, d’avoir donné des “preuves nombreuses et manifestes de sa sympathie et de sa collaboration avec les oustachis”, d’avoir présidé la commission de trois membres qui a dirigé les premières conversions forcées de citoyens serbes… Le président du tribunal précisa que, sous l’influence de Mgr Stepinac, d’autres ecclésiastiques avaient organisé des unités oustachies et de “croisés” en vue de mener une activité terroriste contre le régime actuel. L’archevêque fut, en conséquence, condamné à seize ans de travaux forcés, à la perte de ses droits civiques pour une période de cinqans et à la confiscation de tous ses biens… » – Histoire du Vatican par Charles Pichon, Sefi, Paris, 1946, p. 389-393

«Plaider l’ignorance c’eût été absurde. Nul n’est mieux informé qu’un haut dignitaire de l’Église sur les événements et sur l’état d’esprit de la population. L’argument massif employé par Stepinac au cours de ses rares interventions au procès fut celui de nier la compétence du tribunal…

«Personne, même pas le Vatican, n’a pu démentir le fait que l’Église catholique en Croatie procéda à la conversion violente des orthodoxes. Personne n’a pu, d’autre part, démontrer l’innocence des serviteurs de l’Église devant les effroyables assassinats en masse perpétrés en Croatie, fruits, d’une part, du calcul politique froid et, d’autre part, d’une sauvage mystique religieuse.

«L’archevêque Stepinac couvrit de tout le poids de son autorité l’État oustachi croate. Toute l’activité de l’archevêque pendant l’occupation le prouve. Nous avons vu des milliers d’écrits et des milliers de photos accablants non seulement pour l’archevêque, mais aussi pour une bonne partie du clergé croate.

«De l’autre côté, qui étaient les Pavelitch et les oustachis? Créatures du fascisme italien, organisés bien avant la guerre en Italie et en Hongrie. L’archevêque Stepinac avec “sa conscience tranquille”, peut-il justifier l’appui inconditionné qu’il avait donné à ces oustachis?

«Stepinac cacha les archives du gouvernement de Pavelitch dans son propre palais. Il cacha aussi le trésor oustachi, fruit des pillages: trente caisses d’objets d’or sinistre ressemblance avec le contenu des caisses trouvées dans les caves de la Reichsbank.

«Mais ce qui perdit Stepinac, ce fut surtout son illusion de pouvoir lancer contre le nouvel État une espèce de chouannerie, les croisés, formés des quelques restes des troupes oustachies. On peut se demander quel gouvernement au monde pourrait continuer à fermer les yeux devant de tels actes, même s’il s’agit d’un archevêque… » – Horizons, novembre 1946

«Mais quand on a pillé pendant quatre ans, écrit M. Hervé Laurière, on n’a jamais tout camouflé. Donc, ainsi que devait en témoigner le 15 novembre 1945, Yvan salitch, le propre secrétaire de Mgr Stepinac, le ministre des Affaires étrangères M. Alajbegovitch, à la veille de la fuite du gouvernement, se prit à penser que la meilleure cachette était la résidence elle-même de l’archevêque Stepinac. On amena au palais archiépiscopal de Kapitol, cinq lourdes caisses qui furent remises à Yvan Salitch et à un certain Laskovitch… Eh bien, il y avait de tout dans les cinq caisses: les films, les photographies et les discours d’Ante Pavelitch, plus, et c’était là l’essentiel, des barres et des pièces d’or, des bijoux, des pierres précieuses, des débris d’appareils dentaires en or et en platine, des alliances, des montres, des bracelets, en un mot tout ce dont on avait pu dépouiller trop de victimes.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 163-164

Yvan Salitch, secrétaire intime de Mgr Stepinac

«Que Stepinac ait demandé à son clergé de célébrer chaque année une messe solennelle le 10 avril, jour anniversaire de la constitution de l’État oustachiste… Que le 23 février 1942 l’archevêque ait accueilli Ante Pavelitch et le “sabor Oustachi” sur le parvis de sa cathédrale, qu’il ait même prononcé une allocution de bienvenue, passe encore; nous avons connu beaucoup de ces petites lâchetés.

«Malheureusement pour l’archevêque, il a fait pis. Il a, par exemple, reçu 100 millions de kuna du gouvernement oustachi pour organiser la propagande en faveur de ce gouvernement. Il a, lorsque les oustachis ont dû prendre la fuite, caché, enterré dans le palais archiépiscopal de Zagreb, les archives les plus compromettantes pour Pavelitch et les siens.

«Pis encore: au cours de l’automne 1945, donc après la libération de la Yougoslavie… Mgr Stepinac a accueilli, hospitalisé, caché dans son palais le colonel Lisak, oustachi de marque, rentré clandestinement sur le sol yougoslave avec des instructions de Pavelitch pour organiser un mouvement hitlérien. À la même époque, l’archevêque entra à diverses reprises en relations avec une espionne à la solde de l’Italie, Lela Sofijanec, qui faisait la liaison entre Trieste et la clandestinité oustachie en Croatie.

«Et comment oublier que deux des plus redoutables terroristes de cette clandestinité de traîtres avérés à la patrie yougoslave n’étaient autres que Yvan Salitch, secrétaire intime de Mgr Stepinac, et le curé Simecki, son ami le plus intime. Bilan accablant, les moins prévenus en conviendront.» – L’Ordre de Paris, 27 octobre 1946

Que devinrent, après la libération de la Yougoslavie les zélés convertisseurs qui avaient si bien travaillé à l’ “unification” de leur pays sous la bannière papale?

«Ils ne furent pas moins de 4000 oustachis: Pavelitch, ses ministres, ses généraux, ses chefs de police, ses commandants de camp de concentration, ses bourreaux et ses tortionnaires, à s’enfuir en Autriche et en Italie, laissant derrière eux des milliers de villages incendiés, pillés et déserts et, dans les caves, les grottes, les précipices, les fosses creusées dans les champs, on ne saura jamais exactement combien de centaines de milliers de cadavres. L’archevêque Saritch et l’évêque Garitch et 500 prêtres s’enfuirent aussi avec la colonne de Pavelitch en Autriche. Ils gagnèrent ensuite la Suisse et vécurent à Fribourg, grâce à un prêtre catholique croate installé dans le collège Saint-Raphaël de cette ville… L’évêque Garitch y mourut, tandis que l’archevêque Saritch émigra à Madrid où il s’est réfugié dans un monastère.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 164

On se demande pourquoi cette fuite éperdue des princes de l’Église romaine et de leur clergé? Avaient-ils donc si mauvaise conscience pour abandonner de la sorte leur propre pays? Avaient-ils donc tant de forfaits à se reprocher?

«Ante Pavelitch se cacha pendant longtemps – avec son or – dans les couvents de Saint-Gilgen, près de Salzbourg, et de Bad-Ischl, près de Linz, en Autriche. Il portait dignement sa soutane. De là, toujours déguisé en prêtre, il gagna l’Italie où il vécut à Rome jusqu’en 1948 sous le nom de Pater Gomez et Pater Benarez, dans un couvent jouissant du privilège d’exterritorialité. Grâce au clergé à Rome, il partit pour Buenos Aires à bord d’un bateau italien en novembre 1948. Il arriva en Argentine muni d’un passeport délivré par la Croix Rouge internationale à Rome le 5 juillet 1948 au nom de Pal (Pablo) Aranyos.

«D’autres oustachis, moins chanceux que lui, échouèrent dans les camps de concentration que les Alliés avaient dû organiser en Europe centrale… On vit bientôt ces camps recevoir la visite de pieux personnages qui y étaient envoyés par certaines institutions catholiques de Rome… La bande allait d’un camp à l’autre, s’intéressant surtout aux criminels de guerre, aux hauts personnages de l’ex “État indépendant de Croatie”, à leurs plus sanglants exécuteurs. Elle permit la fuite, du camp de Fermo, de deux abominables individus. Le premier, Ljubo Milos, qui fut appelé la hyène humaine, était responsable de la mort de plus de 120.000 personnes au camp de Jasenovac. Quant à l’autre, l’affreux Luburitch, un des bourreaux de Sarajevo, dans une seule matinée, il avait fait pendre aux poteaux électriques de cette ville 56 personnes… Et bientôt, ce fut en masse que la pègre oustachie sortit des camps de concentration alliés, revêtue souvent comme Pavelitch, d’une soutane. Ses sauveurs la conduisaient là où elle était attendue.

«En Autriche, ces oustachis trouvèrent des asiles sûrs au couvent des pères franciscains de Klagenfurt, à celui de Santa-Catholica, etc. En Italie, on leur offrit l’hospitalité à Rimini, Cento Cele, Comte Ferrata, San Paulo di Regola, Grotamare, San-Giovann-Baptiste et au couvent des franciscains de Modène. À Rome, on vit se réfugier Luburitch et Draganovitch, devant qui s’ouvrirent les portes de l’Institut Saint-Jérôme… Cet institut de Saint-Jérôme est d’ailleurs resté, en Italie, le lieu de ralliement, le centre d’activité de tous les Oustachis… Il en est de même à Paris d’un couvent franciscain où ces messieurs tiennent des conférences qu’anime un prêtre croate… Quant à l’Autriche, les comités des oustachis qui y existent sont aidés par Mgr Rorbach, archevêque de Klafenfurt.» – Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éd. de la Vigie, Paris, p. 164

Le pape Pie XII bénit les tueurs

N’avions-nous pas raison d’écrire que jamais encore le Vatican ne s’était compromis comme il le fit en Croatie? Là, comme nulle part ailleurs, l’Église romaine a laissé tomber son masque de douceur et révélé son vrai visage, celui de l’ambition aveugle, du fanatisme sans pitié.

Faut-il rappeler une fois de plus que les membres de cette Église qui siégèrent quatre ans durant dans le Parlement oustachi n’avaient pu accepter ce mandat que dûment autorisés par le pape, en vertu de l’article 139-4 du droit canon? Faut-il rappeler encore que le Saint-Père n’adressa jamais aucun blâme à ces bons serviteurs? Et qui donc pourrait croire que les innombrables prêtres et religieux qui prêchaient le massacre auraient persévéré dans leur zèle hystérique s’ils s’étaient sentis désavoués, même tacitement, par leurs supérieurs hiérarchiques et leur chef suprême Pie XII?

Ah! certes, celui-ci n’y songeait guère, et le monstrueux Pavelitch, le “guide adoré” de Mgr Saritch, archevêque catholique de Sarajevo, pouvait se prévaloir à juste titre des paroles flatteuses, des encouragements et des bénédictions que lui prodiguait le Saint-Père. Sans doute on donnerait beaucoup aujourd’hui pour pouvoir en effacer la trace. Mais ils demeurent bel et bien, imprimés dans les journaux croates de l’époque. L’audience accordée le 18 mai 1941 à l’état-major oustachi ne fit que préluder aux manifestations de sympathie que le pape allait multiplier à l’égard de ces pieux assassins: «La jeunesse oustachie des “Croisés” au nombre de 206 et en uniforme fut reçue en audience par le pape le 6 février 1942 dans une des salles les plus imposantes du Vatican. Le rédacteur écrit que “le moment le plus touchant fut quand les jeunes oustachis prièrent le pape de bénir Pavelitch, l’État indépendant de Croatie et le peuple croate. Chaque membre reçut une médaille en souvenir”.» – Katolicki Tjednik (L’Hebdomaaire catholique) 15 et 22 février 1942

Le 12 mars 1942, pour l’anniversaire de son intronisation, Pie XII mande à Pavelitch: “Aux humbles félicitations de votre Excellence répondons par Nos remerciements et Nos désirs pour la prospérité chrétienne.” – Hrvatski Narod, 21 mars 1942

Pour le nouvel an 1943, le pape remercie Pavelitch des vœux qu’il lui a adressés par ce télégramme: “Pour tout ce que vous Nous avez exprimé en votre nom et au nom des Croates catholiques, Nous vous remercions et adressons avec joie la bénédiction apostolique à vous et au peuple croate.” – Katolicki List (Journal catholique) n° 3, 1943

En mars 1943, à l’occasion de l’anniversaire de l’intronisation de Pie XII, nouvelle échange de félicitations et de meilleurs vœux. – Hrvatski Naroa, 17 mars 1943

Le 5 juin 1943, Pavelitch adresse par télégramme ses félicitations au pape et “l’expression de mon dévouement personnel à Votre Sainteté et mes vœux pour le succès de Vos efforts pour la prospérité générale de l’humanité”. (Ces sentiments humanitaires sont particulièrement édifiants sous la plume de ce bourreau). Le pape répond très cordialement “en priant Dieu pour le bonheur du peuple croate.” – Katolicki List (Journal catholique) n° 23, 1943. Sans doute se trouvaient exclus de ces vœux de bonheur les Serbes orthodoxes et les juifs que les oustachis massacraient par centaines de mille.

En 1944, télégramme du pape à Pavelitch: “Les vœux que vous Nous avez exprimés, ainsi que le peuple croate, à l’occasion du cinquième anniversaire de Notre Pontificat Nous sont très chers et Nous prions pour que Dieu vous accorde ses dons les meilleurs.” – Hrvatski Narod, 21 mars 1944

En maintes circonstances encore le Saint-Père eut l’occasion de proclamer en quelle haute estime il tenait le sanglant poglavnik. En 1943, il recevait en audience D. Sinsic, membre du gouvernement oustachi; et E. Lobkowicz, représentant l’État croate auprès du Vatican, résumait ainsi l’entretien dans son rapport au ministère des Affaires étrangères de Zagreb: «À la fin de notre conversation le pape déclara qu’il était très heureux d’avoir eu l’opportunité de s’entretenir avec Pavelitch et que c’était une grande joie d’entendre de tous les côtés qu’il est “un catholique pratiquant”. J’ai confirmé cela et ai exprimé mon espoir que Pavelitch viendra bientôt en Italie, ainsi que ma conviction qu’il sera très heureux d’avoir de nouveau la bénédiction apostolique. Le pape a répondu: “Je serai heureux de lui donner une telle bénédiction.”»

Notons qu’en 1943, il y avait déjà plus de deux ans que Pavelitch “pratiquait” le catholicisme en se livrant à la torture et à l’extermination méthodique du clergé et des fidèles orthodoxes.

Mais le chef des tueurs n’était pas le seul à recevoir la bénédiction apostolique. Pie XII, dans sa grande bonté, l’étendait aux plus simples exécutants. L’ “Osservatore Romano” (Cette audience a été mentionnée aussi par l’Agence fasciste Stefani) nous apprend que le 22 juillet 1941 le pape a reçu cent agents de la police de sécurité croate, conduits par le chef de la police de Zagreb Eugen Kvaternik-Dido. Ce groupe de SS croates constituait la fleur des bourreaux et des tortionnaires qui opéraient dans les camps de concentration, et celui qui les présentait au Saint-Père se rendit coupable de telles horreurs que sa mère se suicida de désespoir.

On imagine avec quel zèle accru ces “braves gens”, une fois munis de la bénédiction apostolique, s’appliquèrent à se conduire en “pratiquants” dans toute la force du terme.

D’ailleurs, dès le mois d’août 1941, Mile Budak, ministre des Cultes, considéré comme le “dauphin” de Pavelitch, déclarait au cours d’une conférence publique à Karlovac: “Le mouvement oustachi est basé sur la religion. Sur notre dévouement à la religion et à l’Église catholique romaine repose toute notre action.”

En réalité tout concourt à prouver non seulement que Pie XII suivait de près le déroulement de cette action, mais encore qu’il l’approuvait. Il faudrait être singulièrement naïf en effet pour ne pas comprendre quel rôle jouait à Zagreb le rév. père Marcone, légat du Saint-Siège, Sancti Sedis Legatus (ainsi qu’il se qualifiait lui-même dans ses rapports avec le gouvernement oustachi), il était donc, aux termes du droit canon, l’alter ego du pape.

En cette qualité il avait droit à la préséance dans toutes les manifestations officielles. C’était Pie XII qu’on honorait en sa personne, et quelle personne! La photographie que nous reproduisons est plus éloquente que n’importe quel commentaire. À voir trôner à la place d’honneur, à côté du tueur Pavelitch, ce gros moine au mufle bestial qui semble sorti du burin de Goya, on peut se croire revenu de quelques siècles en arrière, et l’horreur des autodafés de Croatie rappelle invinciblement les bûchers de l’Inquisition espagnole. Le Saint-Office n’est pas mort, il est seulement en sommeil. De 1939 à 1945, il se réveilla en Europe, et particulièrement en Croatie, avec toute sa virulence.

Ces atrocités furent maintes fois dénoncées à l’époque dans la presse des pays libres. Mais devant ces protestations Pie XII garda le silence… et pour cause! Comment aurait-il pu désavouer ses propres évêques et prêtres qui siégeaient, dûment autorisés par lui, dans le Parlement oustachi, et dont le principal, Mgr Stepinac, primat de Croatie, présidait le comité pour la conversion des orthodoxes, avec pour coadjuteurs, Mgr Buric, évêque de Senj, et Mgr Janke Simrak, administrateur apostolique de l’évêché de Krizevci? Comment aurait-il pu désavouer le rév. père Marcone, son légat, son représentant personnel à Zagreb qui surveillait l’opération?

Des conversions “spontanées et miraculeuses”… le couteau sur la gorge

D’ailleurs, cette opération n’avait rien d’imprévu. Le gouvernement oustachi, si bien appuyé par le pape, avait-il jamais fait mystère de ses intentions à l’égard des Serbes orthodoxes? Il les avait clamées, tout au contraire, dès son arrivée au pouvoir, et c’est le ministre des Cultes lui-même, Mile Budak, qui s’écriait le 22 juillet 1941 à Gospic: “Nous tuerons une partie des Serbes, nous en déporterons une autre, et le reste sera obligé d’embrasser la religion catholique romaine.”

Le programme s’exécutait donc à la lettre, tel qu’il avait été conçu et défini. Le scénario ne variait guère: après quelques massacres judicieusement perpétrés dans une région, arrivait un convertisseur, prêtre ou moine, accompagné d’un groupe d’oustachis, et cet apôtre, s’adressant aux paysans terrorisés, leur tenait le même langage, à quelque chose près, que ce religieux du couvent de Varazdin, Ambrozije Novak, aux villageois de Mostanica: “Serbes, vous êtes tous condamnés à mort, mais vous pouvez vous sauver de la mort à la condition de vous convertir au catholicisme.”

Ce procédé simple et pratique représentait sans doute ce que l’épiscopat entendait par “créer les conditions psychologiques favorable”. Car les Monsignori, même croates et oustachis, ont quelque connaissance du droit canon, lequel n’admet comme valables que des conversions sincères obtenues sans contrainte, et dans leur conférence plénière du 17 novembre 1941 ces dignes prélats avaient pris soin de se mettre en règle avec la “doctrine”. Ainsi on ne forçait pas les Serbes orthodoxes à se convertir. Fi donc! On le leur conseillait seulement… le couteau sur la gorge.

Le Ciel ne pouvait manquer de bénir cette sainte entreprise. On le vit bien lorsque des villages entiers, brusquement touchés par la Vraie Foi, abjurèrent – de leur plein gré, cela va sans dire – l’erreur dans laquelle ils avaient vécu si longtemps. Il y eut ainsi 240.000 orthodoxes qui, frappés d’une illumination soudaine, purent s’écrier comme dans Polyeucte: “Je vois, je sais, je crois, je suis désabusé!”

En revanche et conformément au programme, 300.000 étaient déportés et plus de 500.000 massacrés. Cependant, chose admirable, la même grâce collective s’épanchait miraculeusement sur les tenants du rite grec. Ces schismatiques eux aussi réintégraient en foule le giron de l’Église romaine “sans aucune pression et par conviction intime quant aux vérités de la foi catholique”, comme le prescrivait le paragraphe 8 des décisions de l’épiscopat. C’est ainsi qu’à Kamensko, dans le propre diocèse de Mgr Stepinac, 400 personnes, 400 brebis égarées, rentrèrent au bercail d’un même élan sous l’œil attendri du préfet, du chef de la police et des représentants de divers groupements oustachis.

Radio Vatican, annonçant le 12 juin 1942 cette conversion massive, affirmait qu’elle était “spontanée et sans aucune pression des autorités civiles et ecclésiastiques”.

Pourtant, après la guerre, le Saint-Siège ne tarda pas à s’aviser que la “spontanéité”, le “conviction intime” des 240.000 convertis pourrait bien être mise en doute même par ceux qui gardent une foi entière dans les miracles de la grâce. De plus, dans la Croatie libérée, les témoignages accablants pleuvaient de toute part. Les consignes furent donc modifiées en conséquence, et aujourd’hui il n’est pas un apologiste de Pie XII qui ne connaisse la nouvelle “ligne” sur laquelle il convient de se retrancher. On admet maintenant que ces conversions à la grosse n’étaient pas toute “sincères et obtenues sans aucune pression”, mais si l’Église romaine violentait ainsi les consciences, c’était par pure charité, pour soustraire ces malheureux à la fureur des oustachis, pour les sauver de ce fameux couteau spécial que maniaient si lestement le franciscain Filipovic et ses émules. (On ne nous dit pas, toutefois, si ces bons religieux, comme ceux qui prêchaient le massacre, agissaient aussi par charité; mais il faut le croire puisqu’ils n’encoururent aucun blâme de leurs supérieurs hiérarchiques).

Ainsi, tout s’explique – sinon théologiquement, du moins de la façon la plus honorable pour le Saint-Père. On le voit, dans son ardeur humanitaire il alla jusqu’à oublier ses devoirs, jusqu’à piétiner la “doctrine”, jusqu’à violer les plus sacrés canons, en acceptant de recevoir au sein de l’Église romaine, et par centaines de milliers, des malheureux faussement convertis. Par
bonté pure, il prit sur lui le sacrilège, compromettant ainsi son salut éternel.

On reste confondu devant pareille abnégation; et si Pie XII n’est pas damné pour cela – ce qu’à Dieu ne plaise! – il aura bien mérité l’auréole des saints. On dit qu’il y prétendait, du reste.

Un tel exemple nous enseigne à ne point porter des jugements hâtifs et téméraires. Peut-être avons-nous été trop sévère à l’égard de Mgr Tiso. Quand ce saint homme expédiait à Auschwitz ses compatriotes israélites, qui nous dit qu’il n’était pas mû, lui aussi, par un esprit de charité? Ce bon prêtre de l’Église catholique romaine fut le premier pourvoyeur d’Auschwitz.

Sans doute en fut-il de même à l’autre bout du monde, aux îles Philippines conquises par les Japonais. M. André Ribard rapporte que les citoyens américains et anglais arrêtés dans les îles du Pacifique, et notamment tous les missionnaires protestants, y avaient été internés dans des camps de concentration qui ne le cédaient en rien à ceux de l’Allemagne. Mais “… les 7500 missionnaires catholiques demeurèrent en liberté, reçurent des secours et furent officiellement protégés par les autorités militaires japonaises. La revue des jésuites America a raconté cela en janvier 1944. À cette époque, malgré les progrès de la reconquête des îles du Pacifique par la marine américaine, il restait dans les camps d’internement 528 de ces missionnaires protestants: ils avaient survécu aux traitements concentrationnaires. Or, le Vatican avait fait auprès du gouvernement fantoche des Philippines… une démarche stupéfiante… le texte en figure sous le numéro 1591, daté de Tokio le 6 avril 1943, dans un rapport du département des affaires religieuses pour les territoires occupés, dont j’extrais le passage suivant: il exprimait le désir de l’Église de voir les Japonais “poursuivre leur politique et empêcher certains propagateurs religieux de l’erreur, de retrouver une liberté à laquelle ils n’ont aucun titre”.» – “1960 et le secret du Vatican” par André Ribard, Librairie Robin, Paris, 1954, p. 79

On le sent bien: là encore il s’agit de lire entre les lignes, et de ne pas se laisser abuser par des apparences trompeuses. En un mot, il faut savoir interpréter. Sous cette démarche cruelle doit se dissimuler quelque intention hautement charitable à l’égard des “frères séparés”. Avouons pourtant que nous n’avons pas su la découvrir.

Pour en revenir à la Croatie, la “catholicisation” allait bon train…

L’Église romaine s’occupait donc activement d’y augmenter le nombre de ses ouailles dans un accord parfait avec le gouvernement oustachi. C’est ainsi que Mgr Janko Simrak, un des coadjuteurs de Mgr Stepinac dans le comité pour la conversion des orthodoxes, fut reçu le 14 juillet 1941 par Pie XII, nommé par celui-ci évêque de Krizevci, puis décoré par Pavelitch de la “grand-croix avec étoile”, qu’accompagnait cette citation: “Pour son service dévoué parmi son clergé et ses fidèles et pour sa collaboration sincère avec les autorités de l’État dans l’esprit oustachi.”

La “catholicisation” allait bon train et Mgr Anton Aksamovic, évêque de Djakovo, pouvait écrire dans un tract à l’intention des orthodoxes: “Il y aura une seule Église et un seul chef de l’Église qui est le vicaire du Christ sur la terre… ” Il ajoutait d’ailleurs: “Suivez ce conseil amical. L’évêque de Djakovo a reçu jusqu’à présent dans la sainte Église catholique des milliers de citoyens qui ont obtenu le certificat d’honnêteté des autorités de l’État. Prenez exemple sur ces frères et adressez-nous, sans plus tarder, votre demande pour la conversion au catholicisme. En tant que catholiques, vous resterez tranquillement dans vos foyers et vous pourrez vaquer librement à vos occupations quotidiennes.”

Comme on le voit, ce bon propagandiste ne s’embarrassait pas de vaines circonlocutions. Il s’en fallait, pourtant, que tous les appelés devinssent des élus. Le 30 juin 1941, le gouvernement avait adressé aux évêchés catholiques une ordonnance (n° 48468/41), qui précisait dans quelles conditions devaient être délivrés par les mairies ou la police, après avis favorable des organisations oustachies, les certificats d’honnêteté nécessaires aux orthodoxes qui désiraient se convertir.

On y lisait notamment: § 3. – Quant à la délivrance de ces certificats, il faut faire attention qu’ils ne soient pas délivrés aux prêtres, commerçants, artisans et paysans orthodoxes riches ou en général aux intellectuels orthodoxes, sauf dans le cas où l’on pourrait prouver leur honnêteté [!] personnelle, le gouvernement ayant adopté le principe que les certificats relatifs à cette catégorie de personne soient refusés. § 4. – Les paysans pourront obtenir cette attestation sans difficulté, sauf s’il s’agit de cas exceptionnels.

Le 16 juillet 1941, dans sa lettre n° 9259/41, l’évêché de Zagreb (celui de Mgr Stepinac) reconnaissait en ces termes le bien-fondé de cette discrimination: “En ce qui concerne la conversion des prêtres, des instituteurs, des commerçants et des intellectuels en général, ainsi que des orthodoxes aisés, il est hors de doute qu’une extrême prudence s’impose en ce qui concerne leur acceptation… ”

Nous ne sommes pas spécialement versé en droit canon, mais nous n’avons jamais ouï dire que celui-ci autorise à accepter ou rejeter les conversions selon la catégorie sociale des candidats.

Qu’est-ce à dire, sinon que l’intégrité de la “doctrine” se voyait sacrifiée, une fois de plus, à des considérations éminemment opportunistes? On comprend que le gouvernement oustachi ne se souciât pas de voir les intellectuels serbes échapper à ses griffes sous couleur de conversion au catholicisme, ni surtout les commerçants et les paysans riches sauver ainsi leurs biens de la rapine.

L’épiscopat croate, Mgr Stepinac en tête, admit fort bien ce point de vue… financier, et le rév. père Marcone, légat du pape, n’y trouva pas davantage à redire. La “grâce” ne fut donc pas autorisée à faire des miracles chez les Serbes trop bien pourvus au temporel, et l’on vit, pour la première fois peut-être, l’Église appliquer à la lettre la parole du divin maître: “Il est plus difficile à un riche d’entrer au Paradis qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille.”

Vint pourtant la débâcle pour l’Axe et pour cet État indépendant (!) de Croatie qui, grâce aux efforts conjugués de l’oustacha et de l’Église romaine, avait failli réaliser pour un temps et à sa manière la “Civitas Dei”. Dès lors, la propagande vaticane déploya tous ses efforts pour tenter d’innocenter Mgr Stepinac – et, par voie de conséquence, Pie XII – aux yeux de l’opinion mondiale. Mais que pèsent les faux-fuyants et les affirmations gratuites à côté de tant d’actes et de paroles officiellement établis? En réalité, l’archevêque de Zagreb demeura jusqu’au bout le pilier le plus sûr de l’État fantoche et de son régime.

Le 7 juillet 1944 il déclarait: «Le peuple croate verse son sang pour son État et il conservera et sauvera son État. Toutes les actions contre le peuple et l’autonomie croates ne doivent ôter le courage à personne, mais au contraire tous devront se mettre à défendre et à consolider l’État avec une force encore accrue.» – Fiorello Cavalli: Il processo dell’ arcivescovo di Zagabria (La Civilta Cattolica, organe des jésuites, Roma, 1946, p. 77)

Et c’est à cette même époque, alors que l’État satellite touchait à sa fin, que le gouvernement oustachi décora Mgr Stepinac de la “grand-croix avec étoile” qu’il portait fièrement sur sa poitrine (décret Oc. B. III n° 552, 1944).

L’épiscopat croate, lui aussi, maintenait son attitude dans sa lettre pastorale du 24 mars 1945. On n’ignore pas que Mgr Stepinac songeait à accepter le pouvoir des mains de Pavelitch, quand l’avance des Résistants vers Zagreb vint mettre à néant ce projet. Du moins, avant de s’enfuir avec les troupes allemandes en déroute, Pavelitch confia aux bons soins de celui qui l’avait si bien soutenu les archives du défunt État, les films, les disques de ses discours, et surtout des caisses de lingots d’or, de bijoux, de montres, etc. qui furent, comme on l’a lu plus haut, retrouvées à l’archevêché. Les légitimes possesseurs de ces biens s’étaient vu refuser protection par l’Église romaine, mais en revanche elle ne la marchanda pas à leurs dépouilles…

Les hauts faits de l’archevêque de Zagreb ne pouvaient manquer d’avoir leur récompense: le chapeau de cardinal. Le 18 décembre 1952, dans son discours au Comité des Affaires étrangères de l’assemblée fédérale yougoslave, M. Edward Kardelj, ministre des Affaires étrangères, a accusé Stepinac d’être un criminel de guerre ayant sur sa conscience un nombre immense de victimes, 229 églises orthodoxes détruites, 129 ecclésiastiques orthodoxes tués, des centaines de milliers d’orthodoxes massacrés. Il a accusé le Vatican d’avoir voulu, en le nommant cardinal, essayer de provoquer une intolérance religieuse en Yougoslavie et de miner l’unité du peuple yougoslave.

Cette élévation à la pourpre du meilleur collaborateur de Ante Pavelitch est assez éloquente, en effet. Mais là ne se borna pas le satisfecit du Saint-Père. Il n’eut garde d’oublier celui qui avait si bien “catholicisé” la Croatie, et le 5 novembre 1955 La Croix annonçait: «À l’occasion de ses noces d’argent sacerdotales, S.S. Pie XII a envoyé le message suivant à S. Éminence le cardinal Stepinac, archevêque de Zagreb, qui se trouve toujours maintenu en résidence forcée dans son village natal de Krasic, dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions pastorales: “Nous formulons pour vous des vœux paternels, cher fils, qui achevez la 25e année de votre sacerdoce, qui avez acquis tant de mérites et dont nous louons les fermes vertus. Dans l’épreuve que vous traversez, Nous prions le Seigneur de vous accorder son réconfort, et Nous vous donnons avec affection Notre Bénédiction apostolique.”

Responsabilité du Vatican dans les massacres en Croatie

Telle fut la croisade croate et, n’en déplaise aux beaux esprits de sacristie acharnés à nier l’évidence, la responsabilité du Saint-Siège s’y marque en traits ineffaçables, du commencement à la fin.

En vérité, il faut une rare impudence pour représenter le Vatican comme “opposé” au régime des oustachis, quand tous les témoignages et tous les documents confirment sa parfaite entente avec ces “Assassins au nom de Dieu”, comme les a si bien nommés M. Hervé Laurière. Pour s’élever contre les horreurs commises par ces tortionnaires, il y eut dans le clergé catholique croate deux hommes, en tout et pour tout: l’évêque de Mostar, Mgr Aloïs Misic, et un prêtre de Zagreb, Josip Loncar. Bien entendu, aucun signe d’approbation ne vint du Vatican récompenser leur charité inopportune, et l’on peut douter que Mgr Misic devienne jamais cardinal. En revanche, aucun des religieux qui prêchaient le massacre, ou le pratiquaient de leur propre main, ne fut blâmé, puni ou chassé de l’Église.

On chercherait en vain la moindre marque de réprobation, ou même de réserve, dans la conduite de Pie XII tout au long de la sanglante tragédie, depuis la réception de Ante Pavelitch au Vatican le 18 mai 1941 jusqu’aux louanges décernées ces dernières années encore à Mgr Stepinac, dont “l’apostolat brille de l’éclat le plus pur” s’il faut en croire le Saint-Père. Le tout est de s’entendre, évidemment, sur le sens de cette “pureté”, mais ce qui s’est passé en Croatie à cette époque est propre à dissiper toute équivoque à cet égard. (Dans le diocèse de Gornji Karlovac (dépendant de l’archevêché de Mgr Stepinac) qui comprenait 460.000 Serbes orthodoxes, 280.000 ont été tués, 50.000 se sont réfugiés dans les montagnes, environ 50.000 ont pu être expédiés en Serbie. Le reste, soit 40.000 âmes, a été contraint de se convertir au catholicisme.) – Jean Hussard: “Vu en Yougoslavie”, Lausanne, 1947, p. 217

Vit-on jamais plus clair bilan que celui de ces quatre cruelles années d’évangélisation par le fer et le feu, quatre années durant lesquelles le rév. père Marcone, légat du pape, ne cessa de trôner auprès des responsables, couvrant ainsi de l’autorité de son saint mandataire les actions les plus monstrueuses?

N’est-il pas significatif, aussi, le silence systématique observé par Pie XII à l’égard des victimes de la gigantesque tuerie? Pas un mot de pitié pour elle, non plus que de blâme pour leurs bourreaux.

Bien modérés, vraiment, ceux qui ne veulent voir dans cette attitude du pape qu’une inertie coupable, une complaisance passive. En fait, tout cela pue le crime prémédité. On ne fera croire à personne que cette terreur, à laquelle le clergé catholique croate collaborait passionnément, a pu se déchaîner sans la volonté expresse du Saint-Siège. Is fecit cui prodest, dit le vieil adage judiciaire: celui-là a commis le crime, à qui le crime profite. À qui profitait l’extermination massive des orthodoxes, leur déportation ou leur conversion par la force, sinon à l’Église romaine qui poursuivait ainsi son rêve séculaire: l’extension de son influence vers l’Est? La fin justifie les moyens: il fallait tuer pour régner. On ne s’en fit pas faute.

Mais la meilleure confirmation de la collusion vaticano-oustachie, on la trouve dans un ouvrage tout récent de R.P. Dragoun préfacé par Mgr Ruff, coadjuteur du cardinal Feltin.

Sur la foi du titre, Le Dossier du cardinal Stepinac, on pourrait croire tout d’abord à quelque effort d’objectivité de la part de l’auteur, mais l’erreur serait grande. Dans ce gros volume, on trouve bien les plaidoiries des deux avocats de l’archevêque, assorties de nombreux commentaires, mais nulle trace de l’acte d’accusation ni du réquisitoire. Un “dossier” à la mode oustachie, sans doute.

Il y aurait beaucoup à dire sur les amusantes contradictions où l’auteur tombe à chaque instant. Nous nous bornerons à constater que la présence à Zagreb de ce haut personnage qu’était le légat pontifical Marcone se trouve entièrement passée sous silence – ce qui ne saurait étonner quiconque a contemplé la photographie du Sancti Sedis Legatus reçu familièrement chez Pavelitch (en compagnie du fils du chef des S.S. croates, d’ailleurs).

Cette intimité – si soigneusement dissimulée – entre le représentant de Pie XII et le chef des tueurs s’explique à merveille par ces quelques lignes du dossier, tendant à décharger Mgr Stepinac: «Le procureur lui-même, dans son acte d’accusation, cite le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Maglione, qui avait encore en 1942 recommandé à l’archevêque Stepinac “d’établir avec les autorités oustachies des rapports plus cordiaux et plus sincères” (p. 32, 137).

Extraits de Le Vatican contre l’Europe – Les documents accusent par Edmond Paris,

Librairie Fischbacher, Paris, 1959

Assassins au nom de Dieu par Hervé Laurière, éditions de la Vigie, Paris, 1951

Photos: Google Images

101PE219-256 / 101LH

Source:touteveriteestbonnealire.blogspot.com

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